Lacs de l'Est
Trois lacs frontaliers entre Monténégro, Macédoine et Grèce, des colonies de pélicans dalmates à Prespa et la ville culturelle de Korçë en point d'orgue.
L'est albanais s'organise autour de trois bassins lacustres qui marquent les frontières avec le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Grèce. Le lac de Skadar au nord, partagé avec le Monténégro, couvre 370 km² selon les saisons et constitue la plus grande étendue d'eau douce des Balkans. Plus au sud-est, le lac d'Ohrid s'étire à 695 mètres d'altitude entre Pogradec et la rive macédonienne, avec une profondeur qui descend à 288 mètres. Enfin, les deux lacs de Prespa, Grand et Petit, se partagent entre Albanie, Macédoine du Nord et Grèce à 850 mètres d'altitude, dans un cirque montagneux que peu de voyageurs traversent.
Ces trois ensembles ne forment pas une région homogène. Entre Shkodër, ville d'entrée du lac de Skadar au bord de la plaine du nord, et Korçë, capitale culturelle posée à 850 mètres sur le plateau du sud-est, on compte près de 250 kilomètres de route et un changement complet de climat, de cuisine et de bâti. C'est cette diversité que nous proposons d'explorer comme un fil, pas comme un circuit ramassé.
Le lac d'Ohrid concentre la part scientifique de la région. Ses eaux abritent plus de 200 espèces endémiques, dont la truite de Koran que les pêcheurs de Lin et de Tushemisht remontent en barque. Sur la rive est, juste après la frontière, le monastère de Sveti Naum, fondé au IXe siècle, se visite en une demi-journée depuis Pogradec. Côté albanais, le village de Lin avance sur une presqu'île basaltique et conserve les mosaïques paléochrétiennes d'une basilique du VIe siècle. À Pogradec, la cuisine repose sur le poisson grillé, les pieds de porc en gelée et le tavë kosi des hauts plateaux voisins.
Plus au sud, les lacs de Prespa restent l'un des secteurs les moins fréquentés du pays. Le parc national de Prespa, créé en 1999, abrite la plus grande colonie de pélicans dalmates des Balkans, environ 1 400 couples, observables d'avril à juin depuis l'île de Maligrad et son église rupestre du XIVe siècle. Le village de Pustec, peuplé d'une minorité macédonienne, donne accès à des sentiers de forêt mixte où subsistent ours bruns et lynx. La densité de population reste inférieure à 10 habitants au km², ce qui change radicalement l'expérience par rapport à Ohrid.
Au nord, le lac de Skadar se vit autrement. Depuis le village de Shiroka, à 7 kilomètres de Shkodër, des barques à fond plat traversent les roselières jusqu'à l'île monastique de Beška ou aux ruines de la forteresse de Grmožur. La région produit un vin rouge de cépage Kallmet et des carpes fumées que l'on retrouve sur les tables familiales. Shkodër elle-même, ancienne capitale culturelle catholique, conserve la citadelle de Rozafa qui domine la confluence du Drin, du Buna et du Kir.
Korçë, en bout de chaîne au sud-est, ferme cette boucle des lacs sans en faire partie directement. La ville porte l'héritage des aroumains et des juifs séfarades qui en ont fait au XIXe siècle un foyer commerçant entre Salonique et Vienne. Sa bière brassée depuis 1928, ses sérénades polyphoniques inscrites à l'UNESCO et son vieux bazar restauré justifient deux nuits sur place avant de redescendre vers Berat ou de basculer sur la Riviera.
À découvrir
Pélicans dalmates du parc de Prespa. Sortie en barque au départ de Pustec d'avril à juin pour observer les colonies nicheuses autour de l'île de Maligrad et son église rupestre creusée dans la falaise.
Lin et les mosaïques du lac d'Ohrid. Marche jusqu'au sommet de la presqu'île de Lin pour voir les mosaïques paléochrétiennes du VIe siècle, puis déjeuner de Koran grillé chez l'habitant face à la rive macédonienne.
Traversée du Skadar depuis Shiroka. Embarquement matinal à Shiroka pour rejoindre les roselières, la forteresse insulaire de Grmožur et observer hérons pourprés et cormorans pygmées qui nichent dans les saulaies.
Vieux bazar et brasserie de Korçë. Soirée dans le bazar restauré, dîner accompagné de sérénades polyphoniques korçares et visite de la brasserie historique fondée en 1928, première du pays.
Monastère de Sveti Naum depuis Pogradec. Passage de frontière à Tushemisht et 6 kilomètres jusqu'au monastère du IXe siècle, posé sur les sources sous-lacustres qui alimentent l'extrémité sud du lac d'Ohrid.
Quand y aller
La meilleure fenêtre couvre mai à début juillet, puis septembre et octobre. Au printemps, les lacs de Prespa atteignent 18 à 22°C en journée à 850 mètres, ce qui rend les sorties d'observation des pélicans confortables, et la floraison des prairies autour de Pustec dure jusqu'à mi-juin. En septembre, l'eau du lac d'Ohrid reste à 22°C et permet la baignade à Pogradec, avec des températures de l'air autour de 25°C et un ciel plus stable qu'en mai.
Juillet et août sont chauds à Shkodër, souvent 33 à 36°C, et la moustiquaire devient utile dans les roselières du Skadar. Nous évitons décembre à février pour Prespa et Korçë : la neige tombe régulièrement à partir de 800 mètres, certaines routes secondaires deviennent difficiles et la plupart des structures d'hébergement familial autour des lacs ferment. Novembre et mars restent praticables mais pluvieux, avec 100 à 130 mm cumulés sur le bassin du Skadar, parmi les plus arrosés du pays.
Conseils pratiques
Compter 5 à 7 jours pour traverser correctement les trois ensembles lacustres, sachant que les distances routières sont allongées par le relief : 4 heures entre Shkodër et Pogradec via Tirana, 2 heures supplémentaires pour rejoindre Prespa puis Korçë. Une visite plus ciblée sur Ohrid et Korçë tient en 3 jours depuis Tirana, dont l'aéroport reste le point d'entrée logique. Au nord, Shkodër s'articule naturellement avec les Alpes albanaises pour qui veut enchaîner lacs et montagne, tandis que Korçë au sud se combine facilement avec Berat et Gjirokastër avant de basculer sur la Riviera ionienne.
L'hébergement repose surtout sur des maisons d'hôtes familiales et quelques hôtels de catégorie moyenne à Pogradec, Korçë et Shkodër. Le confort est correct sans être luxueux, et la cuisine locale, poisson de lac, légumes des plateaux, fromages de brebis, justifie souvent les étapes autant que les paysages. La région convient aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs d'ornithologie et aux familles avec enfants en âge de marcher, moins aux randonneurs cherchant des dénivelés engagés, plutôt à orienter vers les Alpes du nord.





